12. La perception mentale cognitive

12. La perception mentale cognitive

1. De la thèse cartésienne à l’expérience ontologique

1.1. L’expérience de penser

La déjà vénérable thèse cartésienne qui, quatre siècles plus tard, reste la hantise des matérialistes de l’école moniste physicaliste, au vu de leurs diatribes (Damasio dans son livre “l’erreur de Descartes”, Dehaene dans son cours inaugural au Collège de France, sans parler des élucubrations incohérentes d’un Daniel Dennett) affirme le dualisme de substance de nos êtres vivants, d’une entité mentale (quelque soit le nom qu’on lui donne : âme, esprit, psychisme) dirigeant un cerveau et un corps biologique exécutant ses instructions. Soit deux entités indépendantes vivant en symbiose et reliés par une interface physique/mental.
D’un point de vue philosophique cette thèse reste une construction conceptuelle imaginaire argumentée par des analyses pertinentes, auxquelles il nous est demandé d’adhérer et de croire. C’est ainsi que le philosophe allemand Markus Gabriel souligne les incohérences des thèses adverses, et aligne un suite d’arguments rationnels lui permettant d’affirmer qu’il n’est pas son cerveau. Nous somme ici dans l’argumentaire du discours philosophique conceptuel classique de la philosophie de l’esprit. On trouvera un résumé de ces arguments dans l’article 5. Les preuves du dualisme de substance, dans la même catégorie DMS Expert de ce site.
Au delà, le cogito cartésien est une expérience ontologique indubitable d’une pensée qui implique l’existence d’une origine, notre être qui la crée. Mais cela reste l’expérience confusionnelle d’une pensée, dans l’indistinction de la conscience de penser et des pensées conscientes.
Au delà encore, l’expérience auto réflexive de la conscience s’appréhendant elle-même dans la conscience d’être consciente, et non seulement dans la conscience d’une pensée verbale formulée au travers d’un langage et des phonèmes, qui reste la représentation virtuelle d’un comportement physique communiquant à autrui, mais encore par la conscience de ressentis, de qualia de diverses natures, émotions, plaisirs, jugements, impressions, physiques ou mentaux, qui peut aller jusqu’à l’extrême d’une conscience qui réfléchit sa propre nature dans la vacuité de toute autre impression immédiate. Nous sommes alors parvenus ici dans une expérience phénoménologique pure, qui n’a rien de commun avec une pensée conceptuelle.

1.2. De la valeur d’une expérience mentale

Si une telle expérience phénoménologique est un fait mental de même valeur qu’un fait physique, si elle est partageable par la suggestion, elle n’est ni communicable ni comparable, car c’est un quale, par nature ineffable. Elle n’est pas non plus mesurable, car sa nature n’est pas physique, constituée de grandeurs quantitatives, mais de nuances qualitatives. Cependant, elle n’en est pas moins réelle qu’une donnée physique, et même plus réelle peut-être car nous savons que nos perceptions physiques sont des représentations macrocosmiques reconstruites par notre esprit pour être directement exploitables.
De telles expériences mentales prouvent l’existence d’un monde et d’une nature qui ne sont pas physiques. Cependant, elles ne nous livrent pas leurs origines, ne nous permettent pas de percevoir nos structures mentales intimes, et nous pouvons continuer d’élaborer et croire toutes sortes de théories conceptuelles imaginaires, plus ou moins rationnelles, y compris celles faisant intervenir notre cerveau biologique, pour en expliciter les causes. Ces théories étant fondées sur notre imaginaire et non pas sur l’aperception de la réalité, ont donc toutes les chances d’être fausses.

2. De l’expérience ontologique à la perception multipolaire

2.1. La conception des fonctions cognitives

Les concepts des fonctions cognitives telles que la mémoire, le langage, le raisonnement, l’apprentissage, l’intelligence, la résolution de problème, la prise de décision, la perception ou l’attention, furent élaborés par un petit groupe de psychologues de Harvard dans les années 1955-1960, notamment autour de Jerome Bruner et de George Miller dans ce qui a été désigné comme la « révolution cognitive ». Elles se rapportent à la connaissance du monde physique externe à l’être vivant, dans une tentative de modéliser le fonctionnement de la pensée en termes de régulation permanente entre perceptions, actions et apprentissages. Cette démarche reste une analyse conceptuelle des intentions et des comportements humains en vue de satisfaire leur besoins et leurs objectifs matériels.
Nous comprenons bien que cette démarche qui analyse les effets des actions humaines sur la matière, ne remonte pas aux sources. Elle juge d’ailleurs l’introspection impropre, non pertinente, pour comprendre le fonctionnement de l’esprit humain, toujours pour la même et unique raison, que nous ne pouvons pas mesurer les résultats des expériences menées en introspection. Il en résulte donc que ces analyses ne sont encore fondées que sur un imaginaire, et non sur la perception d’une réalité mentale.

2.2. La perception de nos fonction mentales

Au contraire de la démarche précédente, nous pouvons explorer et non inventer notre réalité mentale grâce à des techniques appropriées d’introspection. Ce sont ces techniques éprouvées que je propose après plus de trente années de recherches avec la méthode de Développement Mental Sémantique DMS. Cette méthode originale consiste à développer notre sensibilité mentale, à distinguer, analyser et classer nos qualia d’une façon rationnelle et intuitive afin de parvenir d’une façon surprenante à la perception de nos structures mentales les plus intimes. Ce que nous explorons en ce faisant, ce n’est pas notre cerveau et ses neurones, mais un autre monde, avec ses dimensions, ses lois et ses principes, étrangers à ceux du monde physique, et qui réclame un autre cadre conceptuel, plus adapté à sa nature.
Nous découvrons alors que nous ne sommes pas une conscience créatrice, ni une volonté consciente, les représentations ordinaires d’un être unitaire monocentré que nous présentent la philosophie, la psychologie et les sciences sociales, mais neuf fonctions mentales en interaction. Plus encore, une fois que nous y accédons d’une façon pérenne, nous pouvons apprendre à les diriger et à les maîtriser, à exploiter tout leur potentiel et tous leurs outils intuitifs. Nous apprenons non seulement à penser d’une façon holistique non verbale, mais aussi à faire et à restructurer ce monde mental qui est le nôtre, jusqu’à parvenir a en supprimer les dissonances normatives et cognitives et renaître à la félicité permanente de l’ataraxie, un état modifié de conscience que nul ne peut imaginer tant qu’il ne l’a pas vécu lui-même.
Plus encore que la perception de notre réalité mentale intime, c’est cette capacité nouvelle à faire, agir et transformer nos structures, à atteindre un état harmonique absent de stress et d’émotion, qui change notre rapport à notre corps et à notre esprit, qui améliore nos perspectives vitales et notre santé, qui constitue par ses réalisations pratiques, dont notre cerveau et ses lois biologiques sont incapables, la plus grande preuve du dualisme de substance face aux incohérences et aux dénégations du physicalisme.

3. Conclusion

Il est important de noter que dans cette démarche à l’origine conceptuelle, c’est à dire d’une imagination rationnelle, puis d’une expérience philosophique ontologique, c’est à dire phénoménologique d’une conscience s’apercevant d’elle-même qui se nomme habituellement : la conscience d’être conscient, au delà du Cogito cartésien du constat d’une pensée qui suppose un être qui pense, notre être finit par découvrir par une technique appropriée d’introspection de ses ressentis, donc en développant sa pensée perceptuelle intuitive, sa réalité mentale constituée de neuf fonctions complémentaires en interaction et donc, de sortir ainsi de la confusion de sa représentation monopolaire conceptuelle d’une conscience volontaire, pour passer à la perception de sa multipolarité fonctionnelle.
La thèse dualiste n’est pas seulement le résultat d’une argumentation conceptuelle rationnelle comme y aboutit Markus Gabriel, mais qu’elle s’accompagne d’une démarche perceptuelle évolutionnaire, sensible et analytique de nos ressentis d’une réalité mentale, qui achève de la valider. Il y a donc deux étapes successives pour aboutir à cette conclusion : une argumentation rationnelle suivie d’une expérimentation phénoménologique mentale. Ces choses qui fondent le nouveau paradigme scientifique, et sont de nature à transformer notre société et sa civilisation par une autre représentation de l’homme et du monde, plus conformes à leur réalité, sont extrêmement difficiles à formuler verbalement et à faire comprendre dans une culture dominée par la conception du matérialisme neurobiocentriste.

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