7. Penser, écrire et dire

7. Penser, écrire et dire

PENSER

Autrefois le terme (penser) pouvait signifier l’ensemble de notre expérience vécue, ce dont nous nommerions aujourd’hui par (vivre). Ici par “penser” nous ne désignons qu’une réflexion intime entre notre fonction volontaire et notre fonction analytique.
La véritable pensée n’est pas verbale. Quand c’est le cas, nous sommes alors en présence d’une dégradation aliénante de notre pensée par un langage qui reste fondamentalement exogène. Les règles de la syntaxe sont souvent contradictoires avec notre processus de pensée. Plutôt que ce terme substantif de pensée, il y aurait lieu de n’employer que le verbe penser, car ce phénomène mental ne permet pas d’objectiver des pensées comme nous le faisons des signes des mots. Si penser ne peut être qu’un verbe, c’est que penser est une chose vivante, fluide, l’émergence, le produit, et l’interactivité de nos fonctions mentales qui sont elles-mêmes vivantes, nous donnent vie et nous différencient des choses inertes et des machines, qui s’écoule de notre conscience à notre mémoire. La pensée serait le résidu de penser au sein de notre mémoire.
Enfin “penser” est qualique, de la nature d’un quale, cette expérience intime, immédiate, ineffable, incommunicable, que notre conscience révèle à chaque instant, et dont la réalité mentale est indubitable. Pour toutes ces raisons, le langage verbal, littéraire, qui appartient à une autre nature, ne peut traduire ni exprimer exactement le phénomène de “penser”. Verbaliser, n’est donc pas penser, mais une simple évocation linguistique, physique, linéaire, d’un phénomène intime.

Pourquoi penser ?

Penser est la seule chose dont nous disposons pour sortir de notre néoténie et progresser dans une évolution mentale vers savoir faire efficacement toutes les choses qui nous sont utiles. Comme penser n’est pas linguistique mais peut précéder une verbalisation, penser n’est pas uniquement représenter ou signaler une chose, mais aussi le plus souvent réaliser cette chose.
Comme tous les animaux, nous pensions bien avant que d’avoir créé le langage articulé. Compte tenu, de la spécificité du langage et de sa non pertinence pour exprimer les phénomènes de penser, il est formellement impossible de décrire par un discours ce qu’est et pourquoi penser, deux choses cependant liées l’une à l’autre. Je dirais donc simplement que penser est une démarche intuitive sensible de résolution de problèmes pour dépasser nos difficultés présentes dans un processus évolutionnaire mental, aiguillonné par une aspiration persévérante intime à la progression de notre être, face à l’inconnu de notre ignorance de soi, du monde et de l’étendue de nos possibles.
Penser vise à accroître nos savoir-faire mentaux pour en enrichir notre être, plus que d’augmenter nos avoirs et notre domination des autres, avec pour l’une des conséquences de dissoudre nos croyances devenues inutiles. Je pourrais même dire que penser est une transe résolutoire perceptuelle intime qui s’écarte de la spéculation conceptuelle imaginaire pour manipuler notre réalité sémantique, de la nature du sens, qui est la nature profonde ultime de notre être.

ECRIRE

Ecrire est un exercice difficile, autant penser et dire sont faciles. Car comme nous l’avons vu au premier chapitre, décrire la réalité de notre activité pensante est un projet formellement impossible qui se soldera par un échec, car nous ne disposons ni de la langue, ni de la syntaxe pour le faire. Et même, avec la langue la plus pertinente à laquelle nous pourrions rêver, elle ne pourrait pas échapper à l’opposition de la structure des phonèmes ou signes et ceux du sens, dont les natures sont radicalement différentes.
Dans une première étape, il nous faut donc assumer cette difficulté, pour nous débarrasser du risque de stress sémantique qui ne manquera pas de nous accabler en cas de l’inévitable rencontre avec un échec cuisant. Cette étape franchie nous éviterons ce genre de troubles face à nos lecteurs et plus encore face à nous-même.
J’ai beaucoup écrit dans ma vie, trop sans doute, d’abord pour moi-même dans mes premières années très confuses de recherches, en pensant que ceci me servirait un jour, puis pour les autres quand je suis devenu écrivain. J’ai donc d’abord rempli des carnets de témoignages de recherches, qui se sont assez vite révélés inexploitables car comme déjà dit, notre évolution mentale ne passe pas par le conceptuel d’un langage. Aussi, l’écriture géniale au moment d’une phase de transe créatrice, devient vite insipide car c’est cette expérience qui est géniale et non son témoignage malhabile dans des notes. M’en apercevant, j’ai brûlé presque toutes ces notes, en n’épargnant que celles accompagnées de croquis et dessins pour leur caractère artistique. Nous évoluons au cours de cette quête, et pour moi, peu importe, à tort ou à raison, le souvenir des étapes antérieures. Notre esprit conserve la mémoire de ce qui lui reste utile, aussi je ne garde rien, ni textes ni photos des époques reculées de moi-même.
Transmettre aux autres est différent car c’est un exercice littéraire qui à pour règles de se mettre à la portée des autres aussi bien pour le fond que pour la forme. Puis il m’a été nécessaire que je stoppe toute expression écrite pendant 25 ans afin de maîtriser de penser en percepts infra linguistiques.
A la suite de ma réalisation harmonique, j’ai atteint une maîtrise et une facilité d’écriture nouvelle, que j’ai trouvées dans le berceau de ma renaissance. J’ai écrit de plus belle des milliers de pages d’articles, de livres et de commentaires dans les réseaux sociaux, pour transmettre mes découvertes. Cependant, la question se pose : à quoi ça sert ? Que faut-il écrire, si nous nous écartons de notre penchant naturel prolixe à le faire ?

Question : pour qui et quoi écrire ?

Écrire pour soi n’a aucun sens, sinon pour apprendre à écrire pour l’autre.
Écrire à l’autre commence à avoir du sens quand nous savons penser avec justesse et pertinence.
Mais en écrivant trop, nous finissons par noyer nos lecteurs dans une masse d’informations sans mesure, qui finit par devenir confusionnelle. C’est ce que nous apprend internet : trop d’informations tue l’information, les meilleures graines se dissimulent et se perdent dans un incommensurable volume insipide, il faut donc par moment rappeler le principal, ce qui est l’objectif de cet article.
Qu’écrire alors à l’autre, sinon l’essentiel des étapes qui mènent à savoir penser avec justesse et pertinence.

Un florilège de ce qu’il y a lieu d’écrire :
° Je ne suis pas mon cerveau, mais autre chose, mentale, qui le dirige.
° Croire est inutile, savoir faire donc savoir penser comme il faut, nous est utile.
° Vouloir et tenter de convaincre l’autre de nos croyances, lui est non seulement inutile mais nous est stupide, car l’autre est armé pour défendre ses convictions, même les plus sottes, contre tout ce qui viendrait les contredire.

DIRE

Tout être, même le plus sot des hommes est souverain chez lui, mais ne voila-t-il pas qu’il se met en tête (expression fort inappropriée puisque cette tête n’est pas la fautive) de convaincre les autres de ses sottises, ce qui montre bien que ses croyances ne sont pas si assurées qu’il peut le prétendre et veut nous le faire croire.
Il y a donc dans ce dire, qui se déploie souvent avec un émotionnel pathologique, la révélation à la fois, de la profonde détresse de l’impuissance d’un être et d’une prétention délirante à vouloir s’imposer aux autres. C’est à la fois ridicule et dérisoire d’êtres en peine dans les affres de la construction cohérente de soi, qui se cherchent sans parvenir à se trouver, et qui cependant font de leur mieux pour séduire afin de dominer et d’exploiter les autres.
Alors vous allez me dire que je fais de même dans ce monde schizophrène, et avec quelle justification ? Sans doute assez faible et assez peu convaincante, je vous l’accorde, mu par la passion de l’étude de la nature humaine et donc de la réalité des hommes, la puissance de ma quête évolutionnaire que j’ai eu la chance de découvrir dès ma plus jeune enfance, et enfin l’obsession de vouloir mettre un peu d’ordre dans les tragédies de ce monde. Vous comprendrez qu’en fait dans cette démarche, j’apporte plus à moi-même que je n’apporte aux autres et que je me sert un peu d’eux comme d’un faire valoir, ce qui en définitive est ma justification la plus tangible d’agir ainsi, plutôt que de m’enfermer dans la solitude d’un ermitage.

Au delà de tout exercice prétentieux d’un dire

Il est parfois utile de donner des ordres aux autres pour accomplir des choses utiles quand nous sommes en position de pouvoir le faire. Utiles à qui ? à nous d’abord et au monde ensuite, quand il s’agit d’entreprendre des projets en commun.
Sinon de dire pour négocier avec d’autres ce qu’il y a lieu de faire ensemble, encore pour soi d’abord, et pour le monde ensuite, l’expression : “le monde” évoquant toutes choses autre que soi même : les êtres vivants et les masses inertes qui nous sont utiles pour vivre, cette planète que nous nommons la terre et les machines que nous construisons pour nous servir.
Étant donné que nous sommes responsables de nous-mêmes, et que nous devons savoir faire tout ce qui nous est utile, sans attendre le bon vouloir des autres.

Lexique de phénoménologie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lexique_de_phénoménologie?

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